Substances à risque dans le milieu aquatique: éviter – évaluer – éliminer
23 Juin 2009
Les produits chimiques, et depuis peu les nanoparticules, contenus dans les textiles, les médicaments, les cosmétiques ou les matériaux de construction finissent inévitablement par se retrouver dans l’eau. Ils peuvent alors représenter un risque pour la faune et la flore et même pour les populations humaines par le biais de l’eau potable. L’Institut de recherche de l’eau, l’Eawag, montre que la définition globale de valeurs limites ne permet pas une prévention suffisante car l’évaluation des effets demande une approche différenciée. L’accent doit être mis sur la limitation des rejets. Les bassins de rétention des eaux pluviales amoindrissent ainsi les pollutions en maints endroits et la collaboration entre chercheurs et industriels permet des avancées prometteuses : en modifiant la conception des cartons bitumés, une réduction spectaculaire des rejets de biocides par lessivage des toitures a ainsi pu être obtenue.
Plus de 350 scientifiques et spécialistes du monde
de l’industrie de l’eau, de l’administration et de la politique se réunissent
en ce mardi 23 juin à l’Eawag pour s’informer sur les dernières avancées de la
recherche sur les composés traces émis par l’homme dans l’environnement à
l’occasion de la journée annuelle d’information de l’Eawag. Les «comptes-rendus du colloque»
(publiés dans Eawag News n°67) sont déjà accessibles aux médias (en allemand
pour le moment) sur le site eawag.
De plus en plus de substances et, depuis peu, de nanoparticules
Près de 11‘000 nouvelles substances chimiques sont enregistrées chaque jour. Les produits chimiques font maintenant partie intégrante de notre vie quotidienne: produits industriels, pesticides et biocides, médicaments, détergents, produits ignifuges dans l’ameublement et les plastiques … la liste pourrait être prolongée à l’infini. Presque tous ces composés se retrouvent tôt ou tard dans le milieu aquatique, pour certains à des concentrations très faibles. Il ne s’agit pas uniquement de substances solubles mais aussi de nanoparticules qui, en progression très rapide sur le marché, entrent déjà dans la composition de plus de 800 produits. L’Eawag a ainsi démontré que les nanoparticules de dioxyde de titane, utilisé comme pigment blanc dans les peintures pour façades, étaient entraînées par lessivage avec les eaux de pluie. Ces pigments sont peu préoccupants d’un point de vue écotoxicologique mais un projet commun de l’Eawag et de l’Empa a montré que d’autres nanoparticules contenues dans les façades, nommément celles d’argent, étaient elles aussi entraînées vers le milieu aquatique. Elles peuvent alors y exercer la même action antimicrobienne que dans les façades, mais de façon bien moins souhaitable: elles s’attaquent aux algues et organismes fongiques.
La dose n’est pas la seule à faire le poison
Si la toxicité des produits était jusqu’à présent surtout jugée à l’aune de leurs effets individuels en conditions de laboratoire, des études récentes révèlent que la situation dans le milieu aquatique est autrement plus complexe: le mélange des polluants peut entraîner une addition des effets et les stress extérieurs tels que le réchauffement de l’eau ou l’intensification du rayonnement UV sous l’effet des changements climatiques peuvent augmenter la vulnérabilité des organismes face aux xénobiotiques. Il est donc temps de se distancer de la célèbre maxime selon laquelle seule la dose fait le poison. En étudiant le cas de la pollution par les produits phytosanitaires, connus pour la forte fluctuation de leurs rejets, des chercheurs de l’Eawag ont démontré que l’intervalle de temps qui sépare deux expositions à des doses importantes avait une forte influence sur l’intensité des dommages selon qu’il permettait ou non aux organismes de se régénérer. Si ce temps est trop court – par exemple inférieur à 34 jours dans le cas des gammares exposés au carbaryl – la deuxième vague de pollution est nettement plus toxique que la première car les animaux sont déjà affaiblis. Partant de ce constat, l’Eawag a développé un modèle de simulation qui tient compte de ce paramètre et qui permet donc une meilleure évaluation des risques. De plus, des études de l’Eawag ont montré qu’il était indispensable de tenir compte des produits de dégradation des produits chimiques aussi bien dans l’évaluation des substances que dans la surveillance du milieu aquatique. En effet, 30% des produits de transformation des 37 pesticides étudiés se révélaient au moins aussi toxiques que le composé original. Ces produits sont souvent plus stables et plus mobiles que le produit de départ et peuvent se retrouver dans les eaux souterraines.
La collaboration avec les fabricants porte ses fruits
Toutes les sources de pesticides ne sont pas agricoles. Ils peuvent également provenir du milieu urbain où ils sont par exemple employés dans les jardins ou les stades ou ajoutés à certains matériaux pour leurs propriétés biocides. Par temps de pluie, ces substances sont entraînées par lessivage. Si les eaux pluviales alors contaminées ne peuvent être contenues par un bassin de rétention, les pesticides sont rejetés dans les cours d’eau sans passage en station d’épuration. C’est donc au niveau de la prévention qu’il faut intervenir – en aménageant ou en agrandissant les bassins de rétention ou en améliorant la composition des matériaux par exemple. Dans le cas du carton bitumé pour toiture, le travail effectué par l’Eawag avec les fabricants a conduit ces derniers à modifier la formulation et les conseils d’utilisation de leurs produits. Grâce aux améliorations techniques, le lessivage du mécoprop, un herbicide utilisé pour ses propriétés anti-racinaires dans les lés d’étanchéité, a pu être réduit d’un facteur dix. Si d’autre part, le conseil de n’utiliser les produits à protection anti-racinaire que pour les usages qui nécessitent réellement cette propriété est suivi, les rejets de mécoprop à partir des cartons bitumés peuvent être réduits à long terme de plus de 95%.
Une extension ciblée des stations d’épuration
L’exemple du carton bitumé montre bien que les
rejets de polluants dans l’environnement peuvent être évités ou limités en
intervenant dès la production des matériaux. Mais il n’en reste pas moins que
les stations d’épuration accueillent un véritable cocktail de polluants en
provenance des zones urbaines. Etant donné que jusqu’à présent, nos stations
étaient conçues pour l’élimination des matières nutritives et non pour celle
des produits chimiques, elles sont le lieu d’une partie des rejets de ces
substances dans le milieu aquatique. Dans le cadre du projet „MicroPoll“ de
l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), l’Eawag a étudié les possibilités
d’amélioration de la qualité des effluents déjà traités. Une étude pilote menée
à la station d’épuration de Regensdorf (ZH) a ainsi révélé que le traitement
des effluents par l’ozone permettait d’éliminer la majeure partie des effets
toxiques des micropolluants. L’ajout de cette étape de traitement dans les
stations ne majorerait la taxe d’épuration que d’environ 10%. Une telle
extension serait notamment souhaitable pour les cours d’eau récepteur de petite
taille. Sur ce sujet, vous pouvez également consulter le communiqué aux médias
de l’OFEV en date du 16.06.2009.
Nous vous mettons volontiers en relation, par téléphone ou sur le lieu du colloque, avec un responsable du sujet qui vous intéresse. Merci de vous adresser au responsable médias de l’Eawag: Andri Bryner 044 823 51 04 / 079 721 19 93
Photos
Photos à télécharger et légendes (svp voyez même page en allemand pour le moment).

