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Janet Hering, directrice de l’Eawag (Photo: Eawag)

«Je trouve que le bruit de l’eau est très apaisant»

Le slogan de la Journée mondiale de l’eau de cette année, célébrée le 22 mars, est «Valoriser l’eau – Que signifie l’eau pour vous?». Avec ce slogan, les Nations unies veulent sensibiliser les gens à l’importance vitale de l’eau et les inviter à réfléchir à sa valeur. En entretien, Janet Hering, directrice de l’Eawag, explique l’importance de l’eau pour elle-même et pour l’Institut de recherche sur l’eau.

Qu’est-ce que l’eau signifie pour vous, personnellement?

Pour nous qui vivons dans des pays industrialisés, l’accès à l’eau potable fait partie de la vie de tous les jours et nous avons tendance à le considérer comme acquis. Personnellement, je trouve que le bruit de l’eau – plus particulièrement le bruissement d’une chute d’eau ou le roulis de l’océan – est très apaisant. Même le son de l’eau dans l’évier quand je lave la vaisselle me rappelle son importance et sa valeur.

Que signifie l’eau pour vous, en tant que directrice de l’Eawag?

Janet Hering: L’eau est le sujet principal de la recherche, de l’enseignement et du conseil spécialisé de l’Eawag. L’institut est leader au niveau national et international dans le développement de bases scientifiques pour la gestion durable de l’approvisionnement en eau, des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques.

Du point de vue de la recherche sur l’eau, quels sont les plus grands défis en Suisse?

En Suisse, nous avons mis au point un système d’infrastructure et des stratégies de gestion de l’eau qui nous ont beaucoup servi à bien des égards, mais qui ont aussi un coût important. La disparition de la biodiversité en fait partie. Le plus grand défi consiste à accepter que les pratiques et les politiques d’autrefois ne sont pas forcément adaptées à l’avenir.   

Et à l’échelle mondiale, quels sont les défis actuels et futurs?

Contrairement à la Suisse, de nombreux pays sont confrontés à de graves insécurités hydriques, en raison notamment d’une infrastructure totalement inadéquate. Les Nations unies ont reconnu le droit à l’eau et à l’assainissement comme droit humain en 2010, mais on estime que 790 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et que 1,8 milliard de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires dignes de ce nom. Une industrialisation rapide en l’absence de réglementations efficaces a également entraîné la pollution des plans d’eau et des cours d’eau dans certains pays émergents.

Comment l’Eawag peut-elle valoriser l’eau correctement et aider à la protéger efficacement?

L’eau est un bien essentiel. Nous ne pouvons pas vivre sans eau et nous dépendons des services écosystémiques que le milieu aquatique et le cycle hydrologique fournissent. En apportant des informations sur les conséquences de nos activités sur l’environnement aquatique, l’Eawag peut encourager les gens et les sociétés à protéger cette ressource vitale. 

Que peut faire l’Eawag pour contribuer à la réalisation de l’objectif de développement durable no 6: garantir l’accès de tous à des services d’alimentation en eau et d’assainissement gérés de façon durable.

L’Eawag, et plus particulièrement notre Département Assainissement, Eau et Déchets pour le Développement (Sandec), contribue depuis des décennies à apporter des améliorations dans le secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH). Ce travail est décrit dans le rapport récemment publié, «Un parcours d’assainissement – Principes, approches et outils pour l’assainissement urbain». Les travaux de recherche de l’Eawag contribuent donc à améliorer la qualité de l’eau en mettant au point de nouvelles méthodes d’évaluation de la qualité de l’eau et des technologies permettant de mettre en œuvre une économie circulaire de l’eau.

L’Eawag est l’un des instituts de recherche sur l’eau les plus réputés au monde. Comment donne-t-elle accès à son savoir à d’autres pays, aux gens sur le terrain ou à la classe politique?

Les publications scientifiques sont l’outil principal de l’Eawag. Elles sont utiles en premier lieu aux personnes sur le terrain, mais elles servent également de base pour des publications plus accessibles, par exemple des fiches techniques, des vidéos, des articles de blog, des communiqués de presse et des articles de magazines publiés par des associations professionnelles. Bien évidemment, il est merveilleux que notre travail soit repris par des médias puisque cela donne une plus grande visibilité à l’Eawag. De plus, en collaboration avec l’EPFL, nous proposons la série de MOOC «Assainissement, eau & déchets pour le développement», un programme de cours en ligne en accès libre. Ces cours ont intéressé plus de 100’000 étudiantes et étudiants dans le monde entier.

Créée par Bärbel Zierl