Détail

Découverte surprenante de polluants dans des amphipodes

3 décembre 2018 | Mirella Wepf, Stephanie Schnydrig

Dans les eaux suisses, les amphipodes sont exposés à des insecticides, des résidus pharmaceutiques et autres composés traces qu’elles accumulent dans leurs tissus. Une nouvelle étude de l’Eawag montre que, lorsque les stations d’épuration sont équipées en conséquence, ces petits animaux ne renferment quasiment plus aucun composés traces.

L’eau des rivières suisses est contaminée par de nombreux micropolluants. Mais jusqu’ici, on ne s’était guère intéressé aux effets que peuvent avoir ces composés traces sur les organismes vivants des cours d’eau. Pour la première fois, un groupe de chercheurs de l’Eawag a pu démontrer à grande échelle que de tels composés traces s’accumulent dans les tissus des amphipodes (gammaridés) et sont susceptibles d’avoir un impact négatif sur ces animaux.

« Comme les composés traces sont fortement dilués dans l’eau, nous ne savions pas au début si nous pourrions en détecter la présence dans les gammaridés », explique Juliane Hollender, Responsable du département Chimie de l’Environnement de l’Eawag. Cependant, sa doctorante Nicole Munz a trouvé à l’aide de méthodes de mesure innovantes tout un cocktail de substances dans les tissus de ces animaux. En l’occurrence, Munz a utilisé un procédé de détection de substances dans les poissons ainsi que des méthodes empruntées à l’analyse des denrées alimentaires.

Données encourageantes venant d’Herisau

Dans le cadre du projet international de l’UE Solutions et du programme de recherche Ecoimpact de l’Eawag (cf. encadré), Munz a prélevé en amont et en aval de 13 stations d‘épuration (STEP) des échantillons d’eau et récolté des gammaridés. Des amphipodes qu’elle avait recueillis près des STEP, Munk a pu extraire, en laboratoire, 63 substances différentes au total. En moyenne, elle a pu identifier quatre substances dans les exemplaires prélevés en amont de la STEP et 14 dans ceux récoltés en aval. 

Nicole Munz lors du prélèvement dans l’Itziker Ried. Dans ces eaux proches de l’état naturel, la chercheuse a trouvé des amphipodes non contaminés pour son étude comparative dans le système de canaux expérimentaux.
(Photo : Eawag, Qiuguo Fu) 

Le cas de la STEP d’Herisau était particulièrement intéressant : celle-ci a été dotée durant les travaux de recherche de Munz d’une étape supplémentaire de traitement destinée à éliminer les micropolluants. Résultat : alors qu’avant cette transformation, un gramme de gammaridés contenait près de quatre nanogrammes de composés traces, il n’était ensuite plus possible d’en déceler le moindre. « Ce résultat est très encourageant », déclare Hollender. En effet, compte tenu de la nouvelle loi sur la protection des eaux, il est prévu en Suisse d’ajouter bientôt une étape de traitement supplémentaire dans une centaine de STEP.

Le graphique montre combien de nanogrammes de composés traces sont contenus dans un gramme de gammaridés. La concentration en composés traces était nettement plus élevée en aval de la STEP qu’en amont. Chose intéressante, la STEP d’Herisau a été dotée pendant les travaux de recherche d’une étape de traitement supplémentaire. Après cette mesure d’amélioration, les gammaridés ne contenaient plus de micropolluants.

Graphique : Eawag/Nicole Munz, reproduction avec l’aimable autorisation de Environmental Science & Technology.

Des insecticides toxiques

Les substances les plus souvent détectées dans les amphipodes étaient le citalopram (un anti-dépresseur), la benzophénone (utilisée comme filtre UV), le benzotriazole (un inhibiteur de corrosion des métaux) et le thiaclopride (un insecticide). Ce dernier est connu pour avoir une action potentiellement toxique sur les amphipodes et d’autres invertébrés.

Outre le thiachlopride, Munz a identifié trois autres insecticides, à savoir l’imidaclopride, l’acétamipride et la clothianidine. Même s’ils n’étaient présents dans les échantillons d’eau que dans des concentrations faibles, pour ne pas dire inquantifiables, on les a retrouvés étonnamment souvent dans les gammaridés – il semble que ces organismes les ont accumulés dans leur organisme.

Afin de comprendre ce processus de bioaccumulation dans tous ses détails, Munz a récolté d’autres gammaridés dans des cours d’eau proches de l’état naturel non pollués. Elle a relâché les animaux dans un système de canaux expérimentaux et les a exposés à de l’eau polluée pour mesurer combien de composés traces s’accumulent dans les amphipodes en l’espace d’un mois. Cette expérience réalisée dans des conditions semi-réalistes lui a permis d’obtenir des données comparatives sur les essais de terrain et de mieux comprendre les processus de bioaccumulation.

Néanmoins, les résultats n’expliquent pas encore complètement l’origine de la concentration élevée d’insecticides dans les amphipodes. Juliane Hollender veut maintenant approfondir cette question dans le cadre d’un travail de recherche complémentaire. « Il est possible que les substances absorbées par les gammaridés ne proviennent pas seulement de l’eau, mais aussi de leur alimentation », commente Hollender, « elles se nourrissent par exemple de feuilles mortes susceptibles d’être aussi contaminées. » C’est pour cette raison que la biosurveillance prend de plus en plus d’importance dans la gestion des risques liés à l’eau. Son but est de mesurer l’accumulation de substances dans les organismes vivants. Selon Hollender, la procédure développée par Munz est un instrument important pour démontrer en quoi la pollution des eaux a un effet sur les organismes.

Le projet de recherche EcoImpact

En décidant d’ajouter une étape de traitement supplémentaire dans une centaine de stations d’épuration pour éliminer les micropolluants, la Suisse joue au niveau international un rôle de pionnier dans le domaine de la protection des eaux. Cette démarche offre à la recherche une occasion unique d’étudier et de comparer les effets de ces composés traces sur les écosystèmes aquatiques.  

Sur 24 tronçons de cours d'eau choisis en amont et en aval de stations d’épuration dans le Plateau suisse et le Jura, EcoImpact enregistre des paramètres moléculaires, physiologiques et écologiques. Parallèlement, les chercheurs étudient l’effet des micropolluants dans des expériences contrôlées. Pour cela, ils utilisent un système de canaux expérimentaux[ZT1]  où l’eau peut être mélangée à des micropolluants. EcoImpact vise à définir clairement l’impact des micropolluants sur les écosystèmes aquatiques naturels. Le projet étudie par ailleurs si différents types de micropolluants ont des effets différents.  

Publication

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         hey reflect what the organisms actually take up and experience physiological
         ly. In this study, we investigated whether frequently detected risk-driving
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         sified the same based on the whole body internal concentrations. Field gamma
         rids were collected upstream and downstream of ten wastewater treatment plan
         ts in mixed land use catchments. The sampling was conducted in autumn and wi
         nter, during low flow conditions when diffuse agricultural input was reduced
         . The field study was complemented with laboratory and flume experiments to
         determine the bioaccumulation potentials of selected substances. For 32 subs
         tances, apparent bioaccumulation factors in gammarids were determined for th
         e first time. With a sensitive multiresidue method based on online-solid pha
         se extraction followed by liquid chromatography coupled to high resolution m
         ass spectrometry, we detected 63 (semi-) polar organic substances in the fie
         ld gammarids, showing higher concentrations downstream than upstream. Intere
         stingly, neonicotinoids, which are particularly toxic toward invertebrates,
         were frequently detected and were further determined as major contributors t
         o the toxic pressure based on the toxic unit approach integrating internal c
         oncentration and toxic potency. The total toxic pressure based on internal c
         oncentrations was substantially higher compared to when external concentrati
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Autre publication

Étude précédente de Nicole Munz dans laquelle elle a prouvé que les pesticides en comparaison avec d’autres micropolluants représentent le plus grand risque pour les gammaridés. 

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         f plant protection products upstream correlating with the fraction of arable
          land in the catchments. While the concentration sums downstream were clearl
         y dominated by pharmaceuticals or other household chemicals, the acute toxic
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