Département Microbiologie de l’environnement

Projet LeCo – lutter contre les légionelles dans les bâtiments

Plusieurs groupes de recherche se sont associés pour travailler sur la thématique des légionelles dans le cadre d'un projet de recherche pluridisciplinaire et global. Le projet «Lutter contre les légionelles dans les bâtiments» (LeCo) lancé en début d’année sur mandat de la Confédération s’étalera sur quatre ans.

Réagissant à la fréquence croissante des cas de légionellose en Suisse, l’Office fédérale de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), responsable de l’eau potable comme aliment, a constaté en 2017 un pic de légionelles dans l’eau des douches et des piscines. Par ailleurs, le projet de recherche LeCo «Lutter contre les légionelles dans les bâtiments» («Legionella control in buildings») a été lancé avec la participation des offices fédéraux de la santé publique (OFSP) et de l’énergie (OFEN).

Le lancement officiel a eu lieu début 2020. Le projet est dirigé par une équipe pluridisciplinaire:

Frederik Hammes, microbiologie de l’eau potable, Eawag

Tim Julian, agents pathogènes et santé humaine, Eawag

Daniel Mäusezahl, santé humaine, Institut suisse des maladies tropicales et de la santé publique

Franziska Rölli, technique des bâtiments et énergie, Haute école de Lucerne

Hans Peter Füchslin, centre sur les légionelles, laboratoire cantonal de Zurich

Le consortium étudiera ces quatre prochaines années comment évaluer le risque d'infection aux légionelles dans la douche. Il cherchera également comment améliorer la méthode de prélèvement d’échantillon et l’application de procédés de détection rapide pour identifier correctement les contaminations de bâtiments. Il s’agira en outre de déterminer les liens entre les sources d'infection dans l’environnement et les cas de maladie afin d’acquérir de nouvelles connaissances sur l’écologie des légionelles dans les systèmes d’eau potable.

Et enfin, de développer des stratégies de gestion pour réduire le risque d'une contamination aux légionelles dans les bâtiments. Outre les activités de recherche, le groupe se polarisera aussi sur la sensibilisation et sur l’approfondissement des échanges entre les acteurs concernés. La coopération nationale et internationale sera par ailleurs renforcée sur cette thématique.

Contact

   Contact principal:
   Franziska Rölli 
   HSLU
   Tel. +41 41 349 3844
   Envoyez un message

 

   Daniel Mäusezahl
   Swiss-TPH
   Tel. +41 61 284 8178
   Envoyez un message

 

   Dr. Hans Peter Füchslin,    KLZH
   Tel. +41 43 244 7160
   Envoyez un message

 

Entretien avec Frederik Hammes

Pourquoi l’Eawag s’intéresse-t-il aux légionelles?

Premièrement, les données de l’Office fédéral de la santé publique montrent clairement que dans toute la Suisse, la légionelle est un problème qui prend de l’ampleur. En tant qu'institut de recherche sur l’eau de la Confédération, il est de notre mission d’étudier ce problème d'une part et l’Eawag dispose d’autre part des connaissances techniques nécessaires sur l’écologie microbienne dans les systèmes de distribution de l’eau potable des bâtiments.

En outre, nous avons découvert il y a quelques années une forte concentration de légionelles dans les installations sanitaires de notre propre bâtiment.  Nous avons ainsi pu analyser et résoudre sur place la problématique rencontrée dans de nombreux immeubles en Suisse.

Comment expliquez-vous la récente explosion des cas de légionellose?

Il est important de souligner qu’une tendance identique a été observée dans de nombreux pays européens et aux États-Unis.  Si le nombre de cas augmente, c’est certainement dû à l'intensification du contrôle et à une sensibilisation accrue au problème. Toutefois, une multitude d’autres aspects y contribuent aussi. On suppose ainsi que de nouvelles conditions d'installation et d’exploitation des circuits hydrauliques ainsi que certains facteurs climatiques sont co-responsables de cette recrudescence.

Le dilemme opposant hygiène et économie d’énergie est-il toujours d’actualité ou une solution est-elle en vue?

L’enjeu est de trouver des solutions qui permettent de conjuguer ces deux aspects. Mais des solutions scientifico-techniques existent pour résoudre ce dilemme. Un dialogue actif et constructif entre les divers groupes d'intérêt est néanmoins nécessaire, tout comme une volonté ferme de s’attaquer au problème.

Seules les piscines, les écoles et les maisons de retraite font l’objet d’évaluations. Dois-je aussi faire analyser l’eau de ma douche?

C’est déjà un grand pas en avant que les systèmes publics d’eau soient contrôlés mais la même détermination devrait s’appliquer aux particuliers. Néanmoins, la surveillance ne fait pas disparaître le problème de légionelles. Leur découverte ne résout pas le problème et ne le stoppe pas non plus. Des approches d’ingénierie technique et opérationnelles doivent être adoptées pour trouver des solutions capables d’enrayer la propagation des légionelles dans les systèmes des bâtiments, en particulier lorsqu’ils abritent des personnes fragiles.  Des mesures techniques doivent d'une part empêcher la prolifération des légionelles, et d’autre part, celles-ci doivent être éliminées systématiquement et définitivement lorsqu’elles sont présentes en fortes concentrations; enfin, les résultats de l’assainissement doivent être contrôlés ultérieurement.

Vous dirigez à présent un programme de recherche de quatre ans sur les légionelles dans les bâtiments - quelle est la première question à laquelle ce programme doit répondre?

Le fondement de ce projet est le développement, l'optimisation et la standardisation du prélèvement d’échantillon ainsi que la méthode d’analyse ultérieure, ce qui permettra ensuite de traiter les autres problématiques en fonction de l’objectif visé. Mais pour progresser sur la thématique des légionelles, il faut pouvoir établir un faisceau d'informations. C’est exactement ce que nous permettra ce projet: nous apporterons à cette thématique un éclairage à la fois microbiologique, médical et technique. Il est par ailleurs important pour nous de favoriser la sensibilisation et le transfert de savoir entre les différents acteurs, du scientifique au spécialiste du sanitaire, au médecin et au gestionnaire immobilier.

Vous voulez établir le lien entre la présence de légionelles et la fréquence des infections - l’Eawag se lance-t-elle sur le terrain épidémiologique?

Non, pas vraiment. Le problème des légionelles est multidimensionnel, c’est pourquoi notre projet est pluridisciplinaire. Nous avons sciemment fait appel à des groupes de différentes disciplines. Il y a parmi eux celui du Daniel Mäusezahl (SwissTPH), qui travaille sur l’épidémiologie et la santé humaine, le groupe de Franziska Rölli (HSLU), qui se concentre sur la technique de bâtiment, le groupe de Tim Julian (Eawag), qui s’occupe de l’évaluation des risques et le groupe de Hans Peter Füchslin (laboratoire cantonal de Zurich), qui traite les contrôles de routine et les questions relatives à la législation.